Pourpoint de Charles de Blois
Notice
Pourpoint de Charles de Blois
Lampas lancé sur fond satin de 5. Soie, filé de baudruche dorée sur âme de lin. Toile de lin écru, matelassage de coton
Inscription (authentique sur parchemin, cousu au vêtement) : c’est le pourpoint et de la haire/ de mons. sainct charlie de bloys/ tué a la bataille/ d’Auray par Jean de Montfort son/ compétiteur au duché de Bretagne. ; Inscription (authentique sur parchemin, cousu au vêtement) : C’est le pourpoint de Saint Charles de Blois tué à la bataille d’Auray par Jean de Montfort son compétiteur au duché de Bretagne le 29 septembre 1364
H. 87 cm ; H. 103 cm (tour de poitrine)
France , vers le milieu du XIVe siècle avec une étoffe importée (d'Irak ou d'Iran)
MT 30307. Don Chappée , 1924
© Nom (Prénom), « titre de la notice », in Lyon, MTMAD, www.mtmad.fr (en ligne), mise en ligne en 2014. Consulté le jj/mm/aaaa. URL de la notice
Description
Depuis la fin du XIVe siècle, la tradition attribue ce pourpoint à Charles de Blois, prétendant au duché de Bretagne, assassiné à la bataille d’Auray le 29 septembre 1364. Jusqu'à la Révolution, il fut conservé comme une relique au trésor de l'église Notre-Dame des Carmes d'Angers. Les deux boutons inférieurs manquant et quelques prélèvements effectués dans la soierie et dans la toile de doublure rappellent la vénération dont il était entouré : ils ont probablement été concédés à des dévots de marque. Deux authentiques sur parchemin sont encore cousus au vêtement. La plus ancienne cédule porte une inscription de très peu postérieure à la mort de Charles de Blois indiquant « c’est le pourpoint et de la haire/ de mons. sainct charlie de bloys ». La « haire » est le cilice du Bienheureux, que son confesseur, Geoffroy Rabin, a conservé après avoir assisté Charles de Blois dans ses derniers instants. Le vêtement n’est plus mentionné au trésor des Carmes dès le XVIIe siècle. L’inscription du XIVe siècle a été complétée, probablement au XVIIe siècle, par la précision : « tué a la bataille/ d’Auray par Jean de Montfort son/ compétiteur au duché de Bretagne. » L’autre parchemin porte une inscription de la seconde moitié du XVIIe siècle : « C’est le pourpoint de Saint Charles de Blois tué à la bataille d’Auray par Jean de Montfort son compétiteur au duché de Bretagne le 29 septembre 1364 ». À l’exception des quelques ponctions imposées par la vénération, le pourpoint n’a subi aucune transformation. Ses coutures sont d’origine, et un même fil de lin a été utilisé pour la confection et pour le matelassage. Composé de vingt-sept pièces assemblées, le vêtement s’ajuste parfaitement au corps. S’arrêtant à mi-cuisse et possédant deux fentes d’aisance sur les côtés, il étrangle la taille, colle le ventre avant de s’élargir sur la poitrine, bombant le torse. Il s’enfile comme une veste ouverte sur le devant. Une série de boutons le ferme. Celui du col est rond et plat, comme les seize du bas, sur le ventre. Les quinze boutons sur le torse sont sphériques, ainsi que les vingt placés le long de chaque manche. Un bouton manque sur la manche droite. Les emmanchures, « en assiette », montent jusqu’à l’encolure et descendent en-dessous des bras, à mi-côte. Des triangles d’étoffe ajoutés à l’avant, sur l’arrière et sous l’aisselle pour élargir l’entournure facilitent les mouvements des bras. À la taille et à l’intérieur du vêtement, sept attaches servaient à fixer les chausses : trois sont au milieu du dos, deux, sur les côtés, au-dessus des fentes d’aisance, deux, enfin, au milieu des devants. Toutes sont des cordonnets de lin, fixés par un trapèze de lin appliqué, sauf l’attache du milieu du dos qui est en cuir. Chaque élément du patron a été coupé et matelassé indépendamment, puis le vêtement a été assemblé. La précieuse soierie dans laquelle il a été taillé, un lampas à fond satin de couleur ivoire, présente un décor lancé de baudruche dorée. Dans un réseau constitué d’octogones et d’étoiles alternent des aigles aux ailes déployées et des lions passants. Les caractéristiques techniques de la soierie indiquent qu’elle a été tissée dans l’Empire mongol, en Iran occidental ou en Iraq, comme d’autres étoffes importées appartenant au même type et que les inventaires occidentaux appellent panni tartarici ou « tartaires ». Ces « tissus tartares », en vogue dans les cours européennes depuis la fin du XIIIe siècle, étaient particulièrement luxueux, tout comme le coton, utilisé en bourre pour le matelassage du pourpoint, entre la soie et la doublure de lin. Le vêtement devait évidemment appartenir à une garde-robe d’apparat, comme en témoignent son excellent état de conservation et la raideur des boutonnières, festonnées de soie verte, manifestement peu utilisées du vivant de son propriétaire. Contemporain de Charles de Blois, reconnu dès le XIVe siècle pour lui avoir appartenu, le pourpoint du musée des Tissus de Lyon était, par la qualité de ses matériaux et le soin apporté à sa confection, destiné à un personnage éminent. L’enquête menée en vue de la canonisation de Charles de Blois et les inventaires qui lui sont annexés révèlent que le prince et son épouse, Jeanne de Penthièvre, ont régulièrement honoré les sanctuaires du duché de Bretagne de leurs libéralités. Les étoffes précieuses y figurent en bonne place, velours rehaussés de broderies métalliques d’or et d’argent, « cendal » et soieries de diverses couleurs, étoffes d’Angleterre, de Bruges, d’Arras ou toile de Reims.
Maximilien Durand
Bibliographie
Bibliographie :
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Exposition :
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